Mon corps, ce rebelle

Rappel de l’état des lieux à la sortie de l’hôpital : tout va bien, la vessie est sauvée et pour l’utérus, il faut attendre 3 mois avant de se prononcer.

Arrivée a la maison, je découvre dès mon premier passage aux toilettes que je ne sais plus me servir de ma vessie. Comme si avant je savais faire pipi mais plus maintenant.

Je mets bien sûr cela sur le compte de l’opération très récente qui a dû tout chambouler dans mon ventre. Wait and see.

Les passages aux toilettes deviennent une véritable galère : pour uriner, il me faut pousser sur mes muscles abdominaux, attendre, contracter encore, être patiente. Le jet sort en plusieurs fois, faible, interrompu régulièrement. Je mets presque 10 minutes à faire pipi, un vrai bonheur. Et quand je sors des toilettes, j’ai l’impression que je n’ai pas réussi à vider complètement ma vessie.

Ce matin, j’ai quand même décidé de partager mes aventures urinaires avec le Pr L. Je l’ai eu au téléphone, il a trouvé ces symptômes bizarres et m’a demandé de venir aux urgences en stipulant que c’était lui qui devait me recevoir.

Arrivée aux urgences à 14h30, il est venu immédiatement. Un pipi dans un bocal puis une écho plus tard, il y a bien une rétention d’urine. Mais d’où ça vient, c’est un mystère. Le toucher vaginal est normal. Ras à l’écho si ce n’est la rétention. Le pr E , urologue qui m’a également opéré est appelé. Il ne comprend pas, lui non plus.

La seule explication que les deux professeurs trouvent c’est que la vessie, qui a été écrasée et même desaxée par la masse doit maintenant reprendre sa place normale et que mon corps doit s’habituer aux nouvelles positions de mes organes. Comme cette opération est inédite, les suites le sont aussi !

Je dois retourner lundi pour faire le point sur mes symptômes. Si c’est mieux, on en reste là avec cette explication. Sinon, j’aurai une écho avec un spécialiste, encore un, puis un bilan urodynamique.

Si seulement mon corps pouvait arrêter de faire n’importe quoi…

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Des nouvelles : opération j+4

Comme prévu, je me suis faite opérer lundi de ma masse à l’utérus qui n’a toujours pas de nom.

Je suis rentrée dimanche soir à l’hôpital, pendant que Paris tout entier (ou presque) criait de joie (coupe du monde oblige), je tremblais de peur. L’écart incommensurable entre le bonheur ambiant de ce dimanche soir et le cafard que je ressentais intérieurement était très troublant.

Je suis descendu à 9h au bloc lundi après avoir pris une douche désinfectante et avoir revêtu ma tenu de déesse. Je n’avais presque pas dormi de la nuit, un peu à cause des sifflets et klaxon mais surtout du stress. Quand j’ai expliqué à l’anesthésiste ce qui motivait cette opération, elle a sorti l’irm de mon dossier et m’a dit qu’en 35 ans d’expérience en salle d’opération, elle n’avait jamais vu ça. Comme aucun des autres médecins consultés.

J’ai ouvert un oeil vers 16h30 en salle de réveil. Littéralement puisque mon oeil droit me faisait tellement mal qu’il restait fermé. J’ai reussi a le dire à l’infirmière qui m’a mis du sérum physiologique pendant que je somnolais. Puis, le pr L. est venu me faire un rapide bilan : ils avaient bien bossé, finalement ils avaient pu rester en coelioscopie avec une mini laparotomie ce qui était assez inattendu.

Le reste de la soirée est tout embrouillé, je me souviens surtout que j’ai lutté pour donner des nouvelles à mes proches (3 minutes au téléphone m’ont coûté de gros efforts) et que je ne pouvais toujours pas ouvrir mon oeil droit. L’infirmière m’a expliqué que les yeux des patients étaient scotchés pendant les interventions (! Je l’ignorais complètement ! ) et qu’elle pense que cet oeil devait être un tout petit peu ouvert et donc complètement desséché. Cette histoire d’oeil est complètement accessoire mais c’est ce qui m’a fait le plus mal pendant les premières heures.

Le lendemain matin, j’étais un peu plus fraîche et je me suis aperçue que j’avais une sonde urinaire et des lunettes d’oxygène. Je n’avais rien mangé depuis le dimanche soir mais je n’ai eu le droit qu’à des choses liquides au petit déjeuner (thé et compote de pommes)

Le pr bis, urologue, est passé me voir, heureux de m’annoncer qu’ils avaient sauvé ma vessie.

J’ai eu un prélèvement de sang pour tester le taux d’hémoglobine, il avait un peu chuté mais ne justifiait pas une transfusion.

Le pr L est venu peu après et m’a annoncé qu’il était très content de l’opération – qui les a occupé 3 heures, que le plus important était de sauver la vessie. Pour l’utérus, il ne se prononce pas, la cicatrice est importante et il faut un délai de 3 mois pour en savoir davantage. Je dois repasser une hystéroscopie en octobre qui permettra de connaître l’état de la cicatrice. Il m’a demandé si je voulais sortir rapidement et ma proposé de sortir l’après midi même. J’étais tellement heureuse de rentrer que je n’ai pas réfléchi une seconde avant d’accepter.

Depuis, tout va plutôt bien. Mon ventre est gonflé mais les suites ne sont franchement pas douloureuses. J’ai un traitement contre les flébites pendant 15 jours (bas de contention + piqûres de lovenox). C’est tout.

Sauf que dans ma tête, c’est un peu complexe. J’ai du mal à identifier ce qui me colle un cafard pareil. Je n’ai envie de rien. Je me sens aussi très fatiguée. Et je pleure sans raison. Bien sûr, je pense que toucher à l’utérus est symboliquement difficile et puis le résultat définitif est encore suspendu et ça ne m’aide pas. Mais le retour à la maison, je le voyais tellement comme une délivrance, je ne comprends pas bien pourquoi je ne le vis absolument pas comme ça. Je pense aussi que la sortie très précoce y est pour quelque chose : je n’avais pas encore posé le pied par terre, j’avais une sonde urinaire et de l’oxygène par le nez mais on me parlait déjà de partir. Bien sûr, j’étais très heureuse de quitter si vite l’hôpital. Mais à bien y réfléchir, il a fallu enlever la sonde urinaire , la perfusion, l’oxygène, les pansements sur les cicatrices, m’aider à faire le premier lever. Au passage, je me suis évanouie en sortant de la douche, une infirmière est venue m’aider. J’ai ensuite avalé un repas (le premier vrai) le midi et je suis partie.

Arrivée a la maison, j’ai réalisé que je n’avais pas de consignes sur les soins des cicatrices, sur ce que je pouvais faire ou non, je ne savais pas si j’avais le droit de prendre des bains. Aucune consigne post opération…

Je n’en veux pas une seconde au pr L que je trouve très humain et que j’aime beaucoup. Je sais qu’il m’a fait sortir vite pour me faire plaisir. J’en suis persuadée. Il m’a vu avec mon tire lait, mon bébé loin de moi qui ne pouvait pas accéder à ma chambre (service interdit aux moins de 15 ans) et il a proposé cette solution qui était idéale sur le papier.

Si je le vis mal, c’est aussi que je suis ressortie comme si rien n’était, à devoir reprendre très vite le cours des choses. Et que dans ma tête ce n’est pas si simple : cette histoire m’a occupée pendant 8 mois, presque le temps d’une grossesse. Je ressorts de l’hôpital sans bébé et sans aucune certitude sur la santé de mon utérus. Mais avec une dépression du « post partum ».

Je me rends compte du ton geignard de cette article et je m’en excuse. J’ai eu une opération plus simple que prévue, des suites très faciles, de quoi pourrais-je me plaindre ? Mais mon moral est tellement bas depuis, je ne sais l’expliquer…