Ambivalence parentale [MILK]

Après une assez longue absence, j’essaie de me mettre à jour, surtout sur vos blogs. J’ai pris beaucoup de retard lié à la reprise du boulot essentiellement. Et j’ai plusieurs articles aussi que j’aimerai publier parce qu’ils vous parleront peut être ou qu’ils vont aideront quand vous aussi vous serez devenues des MILKS ! Cet article fait le point sur l’éducation bienveillante et la façon dont on ressent les choses, nous. Et du constat dans nos vies qu’en voulant protéger nos bébés de toute forme de frustration,la violence peut se tourner contre nous, parents. Parfois, la bienveillance éducative, c’est de la maltraitance parentale. 

Pendant la longue attente pmesque, nous avons eu le temps de penser à l’éducation de notre (nos ?) enfant(s ?). Nous avions des principes que nous savions vulnérables face à la réalité des choses mais qui nous semblaient tellement aller de soi, être la base de la construction de notre parentalité, que nous ne voyions pas ce qui pourraient les remettre en cause.

Parmi nos idées éducatives, il y avait le très à la mode maternage. Plutôt parentage proximal de notre point de vue d’ailleurs, l’Amoureux ne souhaitant pas rester en marge de l’aventure ! Et donc, au programme : écharpe de portage pour respecter la physiologie de bébé et le porter autant que possible (moins de pleurs, moins de coliques, ça vend du rêve) ; allaitement long (trop de raisons à ce choix pour l’expliquer en quelques mots !) ; éducation respectueuse des besoins du bébé (ne pas laisser pleurer, le bébé qui pleure exprime un besoin jamais autre chose !) et j’en passe.

Et puis, petite costaude est née. Un bébé tout calme, qui ne pleure presque jamais (sauf les quelques semaines de colique où elle pleurait un peu en soirée), qui dort beaucoup. Nous l’avions très souvent endormie contre nous à cette période, nous avions envie (besoin ?) de profiter de ses premiers instants. Mais si on avait besoin de la coucher dans son berceau, elle l’acceptait très bien. Elle avait des besoins simples que nous comprenions facilement (être changée / être câlinée / prendre le sein). L’allaitement, après un début un peu difficile a été (et est encore) un vrai bonheur avec ma petite costaude qui espaçait beaucoup ses tétées (jusqu’à 7h la nuit) et qui prenait beaucoup de plaisir à prendre le sein, autant que moi à lui donner d’ailleurs. Elle aimait beaucoup les balades avec papa (et c’est à mon avis la raison de la période difficile que j’ai vécu lors de l’hospitalisation de l’Amoureux).

Comme vous le voyez, le parentage proximal nous allait vraiment parfaitement, tout le monde avait trouvé sa place et la vie était un long fleuve tranquille. Cuit, cuit les petits oiseaux, tout ça, tout ça.

Et puis, j’ai repris le travail. Environ une semaine avant, petite costaude a commencé à me coller vraiment, ne plus vouloir aller dans les bras de son papa (qui la garde la journée, je le rappelle). Ce n’était pas un problème, période normale pensais-je, ça va passer. Ce n’était pas très pratique car la préparation de mes cours et les tâches ménagères devaient être faits pendant les siestes tant elle refusait de me lâcher. Et à ce moment précis, elle a aussi décider que faire 3 ou 4 siestes d’une demi-heure maximum dans la journée était suffisant. Mon challenge de tout faire pendant son sommeil avait pris d’un coup un niveau de difficulté que je n’avais pas envisagé. Mais j’ai travaillé le soir (elle s’endort souvent à 22h donc j’avais peu de temps), le matin avant son réveil (là par contre, elle se réveille souvent vers 9h30 donc ça laisse du temps), bref, j’ai fait en fonction d’elle.

Je suis retournée au travail pour deux journées avant les vacances (oui, je sais…) en tirant mon lait pendant mes récrés (ou comment dire adieu aux pauses, hein !) et en rentrant à la maison le midi pour l’allaiter. Avec un plaisir tellement fort de la retrouver, ma petite costaude qui poussait un cri de joie en me voyant !

Les vacances ont commencées et j’imaginais que tout redeviendrai un peu comme avant : une petite costaude calme et souriante qui va avec papa ou maman. Une petite costaude zen, comme elle l’est depuis sa naissance. En vrai, ma petite costaude ne m’a pas décollée depuis le début des vacances… (1 semaine et demi). Et hier, j’ai craqué : n’avoir que 3 à 4 fois une demi heure sans elle dans mes bras (ce qui me laisse 2 heures au maximum par jour quoi) , ne pas pouvoir aller faire pipi sans qu’elle chouine parce que je l’ai confiée à son père, qu’elle ne veuille pas que je m’assois plus de 10 minutes quand je l’ai dans les bras (soit 10 h par jour environ moins quelques minutes par ci par là à marcher avec elle dans mes bras…), c’était trop pour moi. J’ai crié quand elle n’a pas voulu dormir alors qu’elle était visiblement épuisée. Je l’ai mise dans son lit alors qu’elle pleurait en me tendant les bras. Je lui ai dit que je n’irai pas la rechercher, qu’elle pouvait bien pleurer. Et j’ai tenu. Longtemps. Ses pleurs ne me touchaient même pas tellement je n’en pouvais plus . Après 10 minutes de pleurs, l’Amoureux (qui allait régulièrement la voir) revient avec elle dans les bras : elle s’était griffée le nez et saignait. Bien sûr, je l’ai prise dans mes bras et soignée. Et consolée, rassurée. Et je me suis posé des tonnes de questions :

d’abord, les « mauvaises », celles qui font culpabiliser par la suite mais qui rôdent pourtant souvent et qu’on entend dans les mêmes bouches bienveillantes que les feux « ne plus y penser » : je la gâte trop, je l’ai trop portée, trop écoutée, pas assez laissée pleurer et elle devient tyrannique. C’est sûrement de ma faute si le petit bébé adorable qui est née est subitement devenue en l’espace d’une poignée de jours ce petit bébé qui fait des caprices, non ?

Et puis, celles culpabilisantes : où sont passées toutes mes idées sur l’éducation ? Pourquoi je ne pouvais subitement plus supporter la proximité permanente de ma fille adorée et tellement attendue ? Allait-elle m’en vouloir de l’avoir ainsi laissée ? M’aimerait-elle moins ? Avais-je brisé le lien si fort qui nous lie depuis sa naissance ? Ou compromis sa future assurance, estime d’elle-même ?

La culpabilité m’est donc tombée dessus et me ronge. De la culpabilité (beaucoup) et de la colère aussi (un peu) contre cette société qui nous vend un modèle d’éducation qui ne peut correspondre à tous et qui culpabilise énormément. Cette parentalité proximale est plus que souhaitable la plupart du temps et même intuitif sur beaucoup de point. C’est naturellement (du genre qui vient des tripes) que j’ai voulu avoir mon tout petit bébé contre moi le plus souvent possible. C’est naturellement que je l’ai portée et cajolée pendant les quelques soirs de pleur. Que je l’ai portée beaucoup. Mais, là, c’est trop. Parce qu’avant, si je voulais faire quelque chose, je passais le relais au papa. Parce qu’avant, si je m’asseyais devant mon ordi, elle ne bronchait pas. Je n’y passait pas une heure mais je pouvais l’avoir sur mes genoux et lire un truc. Plus maintenant. Avant, elle dormait, plus maintenant. Avant, elle nous laissait manger tranquillement, maintenant elle chouine dès qu’on la pose dans son transat (à table et à notre hauteur). Et surtout, quand je la donne à son papa, j’ai toujours le sentiment de devoir me dépêcher de faire ce que j’ai à faire (et on est loin des choses « pour moi », c’est davantage me laver, aller aux toilettes, faire une lessive).

Alors,voilà,j’en suis là. Je prie pour que ma petite costaude redevienne le bébé adorable que j’ai connu, qu’on retrouve la complicité que nous avions il y a 10 jours avec nos jeux et nos moments calmes. Je sais que ça reviendra car nous y travaillons. Mais cette période est dure pour nous trois. Pour petite costaude qui visiblement n’est pas bien, pour nous deux, parents impuissants qui ne savons pas comment aider notre petite à aller mieux.

Car là est bien là question : que faut il faire ? Continuer à câliner, cajoler et porter ? Ou sévir en lui disant qu’on ne peut pas accepter d’obéir à tous ces désirs ? Car là, la bienveillance educative me semble être une maltraitance envers moi et mon Amoureux. Ne pas pouvoir s’asseoir, aller se laver tranquillement ne me paraît pas « normal ». Mais je me dis aussi que c’est très récent ces problèmes et qu’elle a peut être juste besoin de moi pendant quelques temps. Qu’elle va sûrement retrouver son caractère facile dans peu de temps.

En attendant, je craque un peu et souffre de ne pas comprendre mon bébé. Que dois-je faire pour l’aider ? Pour qu’on retrouve notre équilibre ? Nous allons faire au mieux avec nos possibilités, en espérant que ce passage ne soit pas trop long…